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« Le vrai drame est la distance et que les gens ne se connaissent pas »

Jean Cocteau

 

J’ai eu la chance et le privilège d’habiter pendant quelques années la maison natale de Jean Cocteau dans le Parc de Maisons-Laffitte. Il en découle depuis une source permanente d’inspiration, même en temps de pandémie.

Car en effet, le drame s’installe dans cette distance qui ne nous permet plus de nous reconnaître, si toutefois nous nous étions quelque peu connus auparavant. Nos étudiants s’expriment régulièrement sur cette période dont les difficultés apparaissent aussi insurmontables qu’inattendues. Comment poursuivre sa propre construction sans « l’autre » ? Comment s’affirmer et développer son estime de soi lorsque, plongé jour et nuit dans le doute, les croyances limitantes en tout genre prennent autant de place ? De quoi sera fait l’avenir le plus proche alors que le présent nous submerge et que nul ne saurait nous dire où, quand, comment ?

Au drame de la séparation de « l’autre » vient se joindre la pénurie matérielle qui arrache violemment ce toit contre faible loyer que l’on ne peut plus assumer et où se niche ce petit frigo lamentablement et irrémédiablement de plus en plus vide.

Par quel artifice de la pensée pourraient-ils reprendre le chemin de l’espoir qui aiderait à se projeter dans un avenir plus sécurisé, plus apaisant et plus serein ? Comment reprendre confiance en soi lorsque s’affirmer demande une énergie surhumaine et que l’estime de soi disparaît au profit d’une peur diffuse et d’une angoisse de chaque instant ?

En empruntant quelques outils aux techniques de la méditation, une première piste pourrait se dégager : Je suis ici et maintenant, les pieds sur terre, et je suis décidé à tordre le cou à toutes ces croyances limitantes qui polluent mon esprit. A ceux qui prônent une dépréciation des diplômes, un rabais des critères d’obtention du Bac, une génération perdue pour les années à venir, il serait temps de leur répondre que les jeux sont loin d’être faits et que, faute d’expérience similaire, bien avisé celui qui pourrait prévoir la suite des événements. Rien n’indique à cet instant que l’année soit perdue et par conséquent, il est préférable de s’engager dans la voie qui viendra démontrer le contraire.

 

1ère conseil, ne pas se laisser entrainer dans des croyances limitantes et dépourvues d’existence concrète.

 

En allant piocher dans les fondements du management positif, nous allons nous féliciter de nos petites victoires quotidiennes, celles qui nous ont permis d’éprouver du plaisir dans la lecture d’un nouveau texte, d’une autre théorie, une bonne nouvelle, cette note laissée de côté et qui prend tout son sens ; dans l’intensité d’un échange distanciel avec un enseignant, un parent, un ami…Oui, ces petites victoires qui mises bout à bout apporteront une forme d’apaisement et pour lesquelles nous exprimeront gratitude et peut-être même une forme d’enthousiasme, aussi éphémère qu’intense.

 

2ème conseil, se féliciter des petites victoires apporte plaisir et réconfort et contribue à l’apaisement de l’angoisse.

 

Toujours d’actualité et d’une efficacité redoutable, se replonger dans la réflexion sur le triptyque « croyances, besoins, valeurs » permettra de repositionner les idées en hiérarchisant ce qui relève du fondamental et ce qui peut se ranger dans la catégorie de l’accessoire. Non pas que les besoins soient accessoires, bien évidemment, mais lorsque les événements dépouillent nos vies de sens, il est important de le rétablir pour ne pas se perdre sur le chemin. Quelles sont ces valeurs qui m’ont conduit à faire mes choix précédents ? Comment les retrouver pour me remettre sur la bonne voie à l’issue de cette crise sanitaire ?

 

3ème conseil, agir en cohérence avec ses valeurs essentielles pour ne pas se disperser dans les méandres du non-sens et chasser l’absence de repères.

 

Une fois les valeurs isolées, tel le laborantin identifiant ses particules fondamentales dans l’éprouvette, il devient plus aisé de fixer des objectifs à court, moyen et long terme. Lorsque le sens est de retour et le respect des valeurs est identifié, la définition des étapes pour l’atteinte de ses objectifs semble prendre corps. Pour traverser dans de bonnes conditions les difficultés de cette période de pandémie, il est fortement recommandé de revoir ses objectifs avec leur plan de faisabilité dans le temps et avec les moyens disponibles.

 

4ème conseil, revoir et/ou se fixer des objectifs clairs et réalisables dans une temporalité courte : objectifs pour la journée, objectifs pour la semaine, pour le week-end, pour le mois. Cet échelonnement dans le temps favorise l’ancrage dans le présent et facilite la dynamique de l’avenir.

 

Etudiants - Pandémie covid 19

 

Il est par ailleurs de la plus haute importance de renouer avec son esprit critique face à l’information générale en circulation et plus particulièrement à un type « d’infox » particulièrement virulente. Tantôt telle une déferlante d’injonctions contradictoires, parfois déguisée en  arguments « Ad Populum » (tout le monde en parle, c’est donc vrai), souvent déguisé en « généralisation hâtive » (je connais une personne à qui c’est arrivé), les voies de l’information sont régulièrement parasitées par des acteurs peu scrupuleux en quette de notoriété instantanée voir au service d’intérêts pas toujours avouables.

 

Revoir son rapport à l’information, revisiter les fondamentaux de l’esprit critique pour éviter les dérives de l’enfermement dans la manipulation et le complotisme. Gare aux effets des sophismes de la dernière heure, aux arguments « Ad Personam », aux faux dilemmes, à toutes ces autorités anonymes qui occupent l’espace des médias sous couvert de « les experts disent », « des études prouvent » et autres « les scientifiques pointent » sans jamais déclamer haut et fort le nom des experts, le ou les auteurs des études, le ou les noms des scientifiques.

S’il est vivement conseillé de se lancer dans de nouvelles expériences, de cultiver l’envie d’apprendre pour mieux traverser la difficulté, quelle qu’elle soit, cette pandémie nous offre bien des occasions pour se lancer dans la réflexion et l’analyse de toutes ces informations mises à notre portée. Et puis finalement, n’est-ce pas le propre d’un étudiant que de mieux comprendre le monde qui l’entoure par la pratique de l’analyse et le développement de l’esprit critique ?

 

Faire sens est probablement la clé pour traverser une période où le sens fait défaut. Apporter des valeurs pour orienter l’aboutissement de nos objectifs. Relier chaque objectif à ce qui donne une signification au quotidien, ce qui développe le sentiment d’appartenance à une communauté de valeurs, à un projet commun. Affirmer son droit à l’erreur et valoriser le travail accompli même si la récompense n’est pas immédiate et automatique.

Être bienveillant envers soi même et cultiver l’estime de sa personne ainsi que celle de l’autre. S’engager et s’investir pour améliorer ce qui peut l’être, changer ce qui doit l’être et co-construire un meilleur « vivre ensemble ». Et si c’était ça le sens de cette pandémie ? Et si la résilience était dans notre capacité collective à extraire le meilleur de chacun d’entre nous ? N’y a-t-il pas une responsabilité collective dans la construction d’un monde meilleur, plus serein et apaisé ?

Etudiant - Pandemie - Covid 19

 

Et si cette mise en pause était une réelle opportunité pour écrire un nouveau scénario ?

 

  1. Nous prenons conscience de la gravité du contexte socioéconomique de nos étudiants et du phénomène de paupérisation auquel ils sont confrontés. Certes ce n’est pas nouveau, des syndicats d’étudiants dénoncent la situation depuis des années. Il semble que cette pandémie ait permis une écoute amplifiée à un large public. Nos étudiants n’en peuvent plus !!
  2. Nous prenons conscience du caractère « très contestable » de la politique de découpes budgétaires à outrance dans des secteurs tels que la santé, l’enseignement ou la culture. Quelqu’un pourrait encore s’élever contre ce type de dépenses et prôner un principe de réduction permanente des coûts ? L’éducation et l’enseignement ne sont pas une charge, juste un investissement !
  3. Nous sommes confrontés à la réalité d’un secteur « recherche et innovation » à bout de souffle. A coup d’effets d’annonce pour la mise à disposition de fonds, sans projets autre que la récupération politique, et de lancements de projets sans couverture financière, nous nous retrouvons dans la situation actuelle. À bon étudiant, salut !
  4. Nous saisissons jour après jour l’impossibilité de poursuivre sur un modèle de développement constant basé sur la dernière théorie du gain financier et de la production brute, sans intégrer les critères sociaux et environnementaux qui vont permettre de placer l’économie au service de l’homme et non l’inverse. Positive business et management positif sont déjà sur les rails et n’attendent que vous, chers étudiants !

 

Et si le temps était venu de passer à l’action et d’ouvrir les fenêtres de l’avenir à nos étudiants ? Et si, et si, et si…. On dirait un médiateur qui parle !

 

 

Etudiant Pandémie de covid 19

1 réponse
  1. AUDIGIÉ Cécilia
    AUDIGIÉ Cécilia dit :

    Merci Marie pour ce texte parfaitement élaboré et surtout magnifiquement écrit qui je l espère apportera une pierre à l édifice de l avenir de nos jeunes actuellement en grande souffrance morale , sociale et souvent « figés » dans un questionnement auquel nul ne peut apporter une ébauche de réponse…Grâce à cet article, tu nous rappelles qu ils sont non pas la génération de demain mais celle d’aujourd’hui puisque cette pandémie redoutable leur impose d anticiper le « non anticipable ».Merci pour eux .

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