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LE TOURISME DE L’APRÈS COVID 19

ANALYSE D’UN MÉDIATEUR

 

TOURISME - Paris - Covid 19 2020

À L’HEURE DES QUESTIONS, EN ATTENDANT LE TEMPS DES RÉPONSES

Une crise sans précédent, tant par sa violence que par notre impréparation, sévit planétairement depuis la fin 2019. Nos systèmes de santé sont soumis à rude épreuve et le coût en vies humaines dépasse très largement l’acceptable. Nul ne pouvait raisonnablement anticiper une telle catastrophe, certains ont réagi plus vite que d’autres, certains ont compris l’ampleur du désastre avant les autres, ce n’est pas l’objet de cet article. Tous, nous sommes confrontés à une pandémie planétaire digne des meilleurs scénarios hollywoodiens.

En premier lieu, les pertes humaines à déplorer nous plongent dans un état de sidération dont nous ne pouvons encore mesurer la portée. Tout un chacun aura été confronté à la perte d’un proche, d’une personnalité si particulière, célèbre par la force du drame, d’un parent lointain, d’un médecin que l’on souhaite intouchable, de ces personnels soignants qui nous sont indispensables. Tous touchés par ce drame sanitaire que l’on croyait appartenir aux pires moments de notre histoire.

 

  1. LE PROBLÈME

Bien qu’un diagnostic précis n’ait pas encore été réalisé pour mesurer l’ampleur de la catastrophe et de ses retombées sur le plan socio-économique, il est déjà des secteurs bien identifiés où les pertes seront irréversibles.

Au premier lieu, selon les chiffres de l’OFCE, en pourcentage de l’activité par secteur, l’impact de la perte pour le secteur transport s’élève à -42% sur le PIB annuel, -87% pour l’hébergement et la restauration, deux composantes majeures de l’industrie touristique en France.

Le recours au chômage partiel devrait concerner 5,7 millions d’emplois (autour de 21 % de l’emploi salarié). La perte de cotisations sociales liées au chômage devrait s’élever à plus de 8,7 milliards d’euros par mois, soit un coût budgétaire à plus de 20 milliards d’euros par mois.

Toujours selon l’analyse de l’OFCE, « la décomposition des chocs par le canal de la demande (secteur confiné) et de l’offre (empêchement de la main d’œuvre), impacterait sur un mois de confinement la croissance et l’emploi et se décomposerait en différents effets d’offre et demande ». C’est à ce titre que côté demande, le comportement de consommation des ménages est affecté par la fermeture obligatoire d’un certain nombre d’établissements parmi lesquels, les bars, restaurants, cafés, cinémas, théâtres, monuments, musées, salles de spectacles et autres activités de loisirs qui viennent rejoindre les restrictions de transports et, par conséquent, la dramatique baisse du tourisme.

L’effet de la pandémie sur le tourisme est direct. Il ne s’agit pas d’un secteur ou d’un produit mais d’un compte satellite. L’intérêt de s’arrêter sur le tourisme est que l’effet, au-delà du décompte national, peut s’étaler dans le temps du fait de sa dimension internationale, émetteur et récepteur de clients. Difficile de se prononcer sur les comportements et les flux attendus après confinement.

Les comptes satellites de la Direction Générale des entreprises nous donnent une consommation touristique de 168 milliards d’euros en 2017 (10,5% de la consommation des ménages). En cette période de confinement, les voyages touristiques et les dépenses liées sont inexistants.

 

 

L’OFCE estime la baisse des dépenses liées au tourisme sur un mois de confinement à 14 milliards d’euros, transports, activités de loisir et hébergement en premier lieu.

De son côté, l’OMT estime que la crise du COVID 19 fera perdre entre 5 et 7 ans de croissance au secteur.

Quels que soient les chiffres avancés en perspective, le constat est unanime quant à la violente répercussion sur l’économie touristique nationale et internationale. À quelques chiffres ou points d’indice près, nul ne doute de l’impact de cet effroyable épisode pandémique.

Alors que tout le monde s’accorde pour identifier le problème, sommes-nous tous pour autant en parfaite adéquation sur le traitement à apporter dans la résolution du problème ? la question provoque des réactions divergentes.

 

  1. L’INCOMPRÉHENSION

La variété des paramètres d’incertitude, dont je dénombre les plus pertinents à ce stade de nos connaissances, est génératrice d’incompréhension et d’insatisfactions à terme.

  • Quelle sera la durée du confinement ? la dernière date annonce le 11 Mai 2020 sans plus de spécifications sur les secteurs, les espaces, les modalités et les populations cible.
  • Y aura-t-il un dépistage massif permettant d’isoler les poches de contamination ?
  • Quels seront les contrôles dans les gares et les aéroports ?
  • Quelles mesures pour assurer la sécurité sanitaire dans les espaces publics, les hôtels, les restaurants, les musées, les attractions … ?
  • Quel pouvoir d’achat au niveau du marché intérieur si le marché international s’avérait affaibli dans le temps ?
  • Quelles répercussions sur la qualité du secteur touristique dès lors que le marché de l’emploi se verra fortement impacté, allant jusqu’à la destruction d’emplois qualifiés ?
  • Quels leviers pour maintenir les emplois les plus qualifiés, y compris par l’intensification des programmes de formation pour les emplois plus fragilisés ?
  • Quelles conséquences sur le marché touristique national du fait du report des examens, des dates de fin et de début d’année scolaire, d’ores et déjà très impacté ?
  • Quelle capacité pour les entreprises à dégager du temps de vacances alors même que pèse sur l’actif une longue période de confinement des salariés ?

Pour chacune de ces questions, une multitude de réponses sont en élaboration. De chacune de ces réponses découlera, à différents degrés, un nombre important d’incompréhensions issues d’une prise en compte, plus ou moins appuyée, du degré de difficulté de chaque interlocuteur.

Il faudra du temps pour répondre aux incompréhensions et il est peut-être le moment de s’y atteler dès à présent.

Quels sont les interlocuteurs incontournables à la relance de l’économie touristique autour de la marque France ? Le Comité de la filière tourisme sur le Coronavirus COVID 19 du 17 mars dernier a réuni les représentants suivants :

  • ATOUT France
  • Alliance France Tourisme

Organismes économiques

  • Caisse des dépôts et consignations
  • Banque BPI France
  • CCI France
  • Institut France Tourisme

Collectivités territoriales

  • Association des régions de France
  • Assemblée des communautés de France
  • Association des Maires de France
  • ANETT
  • France urbaine
  • Association Villes de France
  • Tourisme & Territoires
  • Offices du tourisme de France
  • Union Nationale pour la Promotion de la Location de Vacances

Syndicats

  • Confédération française démocratique du travail (CFDT)
  • Fédération Commerce et Services de la Confédération générale du travail (CGT)
  • Confédération générale du travail-Force ouvrière (CGT-FO)
  • Confédération française des travailleurs chrétiens (CFTC)
  • Confédération générale des cadres (CGC)
  • L’Union nationale des syndicats autonomes (UNSA)

Activités tourisme et loisirs

  • Syndicat national des espaces de loisirs et d’attractions (SNELAC)
  • Casinos de France
  • Domaines Skiables de France (DSF)

Animation touristique

  • UNIMEV
  • Syndicat des entreprises du tour-operating (SETO)
  • Entreprises du voyage
  • Fédération nationale du tourisme institutionnel (regroupant les CRT/CDT/OT)
  • Destinations Régions
  • Expedia Group

Hôtellerie-Restauration

  • UMIH
  • GNI
  • GNC
  • Fédération nationale des gîtes de France
  • Fédération nationale des logis de France
  • Syndicat national des résidences de tourisme (SNRT)
  • Groupement Syndical des Organismes de Tourisme Familial (GSOTF)
  • L’Union nationale des associations de tourisme (UNAT)
  • Agence nationale pour les chèques-vacances (ANCV)
  • Association Nationale de Coordination des Activités de Vacances des Comités d’Entreprise
  • Fédération nationale de l’hôtellerie de plein air (FNHPA)

Animation Sport et Culture

  • Fédération des Employeurs du Spectacle Vivant, de la Musique, de l’Audiovisuel et du cinéma (FESAC)
  • Conseil National des Employeurs d’Avenir (CNEA)
  • Conseil Social du Mouvement Sportif (COSMOS)

Entreprises de transports de voyageurs

 

  • Fédération nationale des transports de voyageurs (FNTV)
  • Union des Transports publics et ferroviaires-transport ferroviaire
  • Entreprises fluviales de France
  • Fédération française des ports de plaisance
  • Fédération Nationale de l’Aviation Marchande (FNAM)
  • Conseil national des professions de l’automobile (CNPA)
  • UAF
  • Association des représentants de compagnies aériennes en France, BAR France
  • Association française du rail
  • Cruise Lines International Association – CLIA Europe
  • Syndicat national des entreprises de tourisme (SNET)

Entreprises du commerce

 

  • Alliance du Commerce
  • Union du Grand Commerce de Centres-Villes
  • Union Sport et Cycle

Est-ce que tous les acteurs du tourisme français se sentent représentés ? Les incompréhensions sont aussi et souvent liées à la légitimité des représentants, bien au-delà de l’incompréhension sur les sujets à traiter. Pour aller plus loin sur la question, il n’est pas tant question de « légitimité » des représentants mais plutôt de « complétude » de la liste des représentants : sommes-nous tous autant que nous sommes, représentés dans les instances décisionnaires ? Aucun organisme de formation, pas d’établissement d’enseignement touristique.  De fortes incompréhensions apparaissent ou subsistent face à ces questions.

 

  1. LE DIFFÉREND

Principalement le différend porte sur la diversité de stratégies de sortie de la crise ce qui ne règle que partiellement le fond des incompréhensions et qui, au contraire, contribue largement à l’installation du conflit.

Des mesures d’urgence ont déjà été accordées et on estime à plus de 550 millions de PGE déjà octroyés à des entreprises du secteur du tourisme.

Néanmoins, à ce stade, il est même prématuré de parler de stratégie de sortie de crise, nous y reviendrons, mais nous sommes plutôt placés face à des initiatives ponctuelles de réponse aux effets les plus immédiats de la crise du COVID. 

À titre d’exemple et sans caractère exhaustif, nous lisons dans la presse professionnelle les propositions suivantes :

  • Création d’une agence nationale de promotion et de commercialisation On Line (OTA) de la « Destination France ». Sous une forme de partenariat public/privé et financée par les recettes de taxes de séjour prélevées au niveau national, le niveau local serait effacé dans son rôle de collecteur de TS. Sommes-nous bien certains de l’accueil favorable que pourraient réserver les collectivités locales à ce type d’initiative ? Rien n’est moins sûr…
  • Promouvoir les richesses de nos terroirs tout en simplifiant la gouvernance publique du secteur par une action tendant à alléger le mille-feuille territorial (Office de Tourisme, CDT, CRT, Communauté de communes…). Les défenseurs de cette mesure y voient un gain en visibilité et une efficacité compétitive. Les collectivités quant à elles y trouvent une perte de compétences avec les budgets qui l’accompagnent et les marges de manœuvre qui donnent le pouvoir de tracer la vision d’un territoire.
  • Promouvoir le développement durable en soutenant la production locale et la mise en place des gestes de tri de collecte et de valorisation des déchets. En parallèle, il serait peut-être temps de mener une réflexion de fond sur le tourisme positif, de revoir le modèle de produit touristique, de déplacement, de partenariats entre les secteurs transports et mobilités douces, culture et création d’événements, de l’organisation du secteur touristique autour du tourisme durable et du voyage responsable.
  • Développer l’offre de formations innovantes en matière de management touristique en apportant les compétences managériales de demain basées sur la négociation raisonnée, la médiation, le management positif et le management du don. Est-ce que les instituts et autres centres de formation touristique sont aujourd’hui prêts à relever ces défis ?
  • Je reprends avec plaisir l’observation du PDG de Groupe Voyageurs du Monde, Jean-François Rial qui sensible à la question environnementale estime que « les voyages vont être, dans trois à cinq ans, plus raisonnables ». Que sommes-nous prêts à mettre en avant pour parvenir à un tel objectif qui, par ailleurs, reste à définir ?

Tous ces sujets sont autant porteurs d’espoirs que générateurs de conflits. Tous concernés par la projection d’avenir du tourisme Français, bien sûr ! Gardons la main sur ce fleuron de notre économie, mais aussi mondial. Ne laissons pas passer la souffrance de cette pandémie sans transformer l’essai en une incroyable opportunité pour l’avenir de ce secteur.

 

  1. LE CONFLIT

Eh oui, il est bien là ! Il découle des divers aspects exposés ci-dessus :

  • Conflit de représentativité 
  • Conflit d’analyse, différentes approches
  • Conflits dans les préconisations, dans la définition des priorités
  • Conflits dans les stratégies de sortie de crise

Tant que les incompréhensions et les différends ne seront pas réglés, il sera difficile de sortir d’un conflit où, somme toute, tout le monde a raison et personne ne s’écoutent vraiment.

  1. En quoi l’approche du médiateur viendrait enrichir une stratégie de sortie de crise ?

La recherche d’une issue à cette crise peut faire disparaître le conflit ou bien le faire réapparaître dans un temps plus ou moins long. La médiation au cœur de la stratégie de sortie de crise permettra de remonter de l’avant COVID à l’après, en traitant tous les fonds d’incompréhension qui polluent le secteur depuis des décennies.

 

TOURISME - Coronavirus

 

Quelle est donc l’approche du médiateur ?

  1. Organiser les rencontres du tourisme, longtemps annoncées, jamais mises en place ;
  2. Élargir le champ des intervenants pour que toutes les sensibilités se sentent représentées dans le débat ; Les dimensions écologique, socio-économique, managériale et internationale du tourisme devront être représentées ; Quelle gouvernance publique et privée pour l’avenir ?
  3. Réunir autour d’un agenda précis prenant en compte les difficultés de chacun des acteurs. C’est un premier travail de définition de la crise et des conséquences du COVID qui prend en considération aussi les difficultés d’avant la pandémie ;
  4. Adopter une stratégie durable et innovante pour le secteur du tourisme français sur un échéancier à moyen long terme et traçant les 10 prochaines années sur un modèle viable et respectueux des parties prenantes.

 

Marie Péresse- Équilibres et Médiations

 

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